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Dossier

À quoi servait la magie, et pourquoi on a cessé d'y recourir

Ce n'est pas la science qui a vidé le cabinet du sorcier, ce sont l'assurance, la police et une médecine qui commençait à marcher.

Traditions du monde 3 min de lecture

Keith Thomas, en 1971, a posé la question autrement que ses prédécesseurs. Non pas « pourquoi les gens croyaient-ils à des choses fausses », qui est une question de supériorité, mais « à quoi cela leur servait-il », qui est une question d'historien.

La liste des demandes

Les sources sont remarquablement concordantes, d'un siècle à l'autre et d'un pays à l'autre. On consulte pour : retrouver un objet volé ou perdu et savoir qui l'a pris ; guérir une bête ou un enfant ; savoir si un absent est vivant ; obtenir ou retenir un amour ; gagner un procès ; partir en mer et revenir ; savoir qui l'on épousera.

Ce sont, sans exception, des situations où l'on subit quelque chose qu'on ne peut ni prévoir, ni réparer, ni même nommer avec certitude. L'incertitude est le vrai sujet.

Le mécanisme de la réponse

Ce que le recours fournit n'est pas toujours un résultat. C'est une cause — donc un responsable, donc une action possible. Le grenier tombe sur des gens : les termites expliquent qu'il soit tombé, la sorcellerie explique qu'il soit tombé sur eux, à cet instant. La démonstration d'Evans-Pritchard chez les Azandé vaut pour l'Europe aussi.

Dans le bocage français des années 1970, Jeanne Favret-Saada observe exactement la même chose : le sort nomme une série de malheurs, désigne un adversaire, et ouvre une issue. Il traite une crise que rien d'autre ne permettait de formuler.

Le déclin

Voici la thèse la plus contre-intuitive du dossier. Le recul du recours magique en Angleterre ne suit pas la révolution scientifique : il suit l'apparition de dispositifs concurrents. L'assurance maritime puis incendie prend en charge le risque. La police et l'affichage public traitent le vol. La médecine commence, lentement, à soigner mieux qu'auparavant. Le crédit et les institutions financières absorbent une part de l'incertitude économique.

Quand une autre réponse existe, la première perd sa clientèle. Les élites cessent d'y croire avant les campagnes, non parce qu'elles sont plus intelligentes, mais parce qu'elles ont accès aux recours nouveaux les premières.

La conséquence désagréable

Si cette lecture est juste, alors le recours reparaît là où les dispositifs de protection reculent ou n'atteignent pas les gens. Les rapports de la Miviludes décrivent une clientèle de la voyance abusive qui n'est pas particulièrement crédule : elle est isolée, endettée, malade, ou en instance de divorce.

C'est pourquoi ce portail traite le sujet en histoire et refuse absolument d'en faire commerce. Il n'y a pas de position neutre quand on écrit sur ces matières pour des gens qui vont mal.