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Dossier

Le tarot : ce que l'on sait de sa date de naissance

Un jeu de cartes italien du XVe siècle, devenu instrument divinatoire dans les années 1780. L'Égypte n'y est pour rien.

Arts divinatoires 2 min de lecture

Les faits sont, pour une fois, bien établis et peu contestés — ce qui rend d'autant plus remarquable la persistance de l'autre récit.

Ce que montrent les documents

Les cartes à jouer arrivent en Europe depuis le monde islamique à la fin du XIVe siècle : les premières interdictions municipales le datent avec précision. Vers 1440, dans les cours du nord de l'Italie — Milan, Ferrare, Bologne —, on ajoute à un jeu ordinaire une cinquième série d'atouts, appelée trionfi d'après les cortèges triomphaux à la mode. Les plus anciens jeux conservés, dits Visconti-Sforza, sont des objets de cour peints à la main.

Le jeu se diffuse, arrive en France, et le tarot dit de Marseille se fixe chez les cartiers du XVIIe et du XVIIIe siècle. Pendant plus de trois siècles, il ne sert qu'à jouer. Les archives de procès et de police, qui parlent abondamment de divination, ne mentionnent jamais les cartes.

1781, l'année du basculement

En 1781, Antoine Court de Gébelin publie un volume de son Monde primitif où il affirme que le tarot est un livre égyptien, sauvé de l'incendie d'Alexandrie, dont les images conservent la sagesse de Thot. Il n'avance aucune preuve : il rapporte avoir reconnu l'Égypte en voyant les cartes chez une amie. C'était vingt ans avant le déchiffrement des hiéroglyphes, et l'égyptomanie battait son plein.

Dans la même décennie, Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, tire les conséquences commerciales : il publie des méthodes de tirage, fabrique un jeu, et crée le métier. Éliphas Lévi ajoute en 1855 la correspondance avec les vingt-deux lettres hébraïques, et la Golden Dawn bâtit là-dessus le système que le monde anglophone utilise encore.

Pourquoi cela vaut la peine d'être su

Non pour décourager qui que ce soit. Les vingt-deux images sont une réussite iconographique d'une richesse rare, et deux siècles de lecture les ont chargées d'une épaisseur réelle. Ce qui change, c'est la nature de l'objet : on ne lit pas un message égyptien, on lit une allégorie italienne du XVe siècle interprétée par des occultistes français.

Cela a des conséquences pratiques. Les différences entre jeux — la Justice et la Force interverties, les titres, les couleurs — ne sont pas des variantes d'un original perdu, ce sont des décisions datées, prises par des gens dont on connaît le nom. Savoir qui a décidé quoi, et quand, permet de choisir en connaissance de cause.